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L'axe transversal "Création culturelle et territoire(s)" est avant tout dédié à toutes les recherches axées sur la culture (littérature, arts, esthétique, intermédialité, culture savante - culture populaire).
Si les sciences humaines ont longtemps privilégié une approche temporelle des savoirs répondant à un paradigme historique, l’avènement de la pensée postmoderne marque à cet égard un tournant : sous l’influence des travaux de Martin Heidegger(1), de Gaston Bachelard(2) ou encore de Michel Foucault qui, en 1967, déclarait que « si la grande hantise du XIXe siècle a été l’histoire, l’époque actuelle serait plutôt celle de l’espace »(3), apparaissent de nouvelles approches, où la spatialité cesse d’être envisagée comme une réalité physique d’arrière-plan ou un objet d’étude pour devenir une catégorie épistémologique à part entière.
Gilles Deleuze et Félix Guattari donnent toute la mesure de ce changement de paradigme lorsqu’ils affirment que « penser n’est [pas] un fil tendu entre un sujet et un objet, ni une révolution de l’un autour de l’autre. Penser se fait plutôt dans le rapport du territoire et de la terre »(4). Ils se soustraient ainsi « au culte des origines [inhérent à toute approche historique] pour affirmer la puissance d’un milieu »(5) en mobilisant de nouveaux concepts (déterritorialisation, rhizome, ligne de fuite, nomadisme, etc.) à même d’en rendre compte. Dans les années 2000, la critique littéraire s’engage, elle aussi, dans cette mutation épistémologique, comme en témoigne l’apparition d’approches dites géocentrées : la géopoétique de Kenneth White(6), la géocritique de Bertrand Wesphal(7), la narratologie de l’espace de Marie-Laure Ryan(8) ou encore la pensée-paysage de Michel Collot(9).
Dans son acception la plus large, en tant qu’espace marqué par les signes, le territoire s’impose ainsi comme un concept majeur permettant d’appréhender la pensée et la création dans leur dimension spatiale afin d’offrir un cadre d’analyse apte à articuler les dynamiques culturelles, esthétiques et sociales autour des notions de délimitation, d’appropriation et de circulation des espaces (qu’ils soient conquis, vécus, usurpés, perdus ou imaginés). Les créations artistiques apparaissent dès lors comme autant de formes de territorialisation, où s’expriment les tensions entre ancrage et mobilité, enracinement et déracinement, appartenance et errance, lieu et non-lieu.
C’est cet ensemble de problématiques que l’axe « Création culturelle et territoire(s) » entend explorer à travers trois orientations complémentaires :
1. Penser l’œuvre comme territoire
Ce premier volet propose d’interroger la spatialité inhérente à l’œuvre, saisie à travers la dialectique du dedans et du dehors : l’œuvre et ses prolongements extérieurs ; la création comme ensemble de mouvements de déterritorialisation et/ou de reterritorialisation ; les formes de nomadisme et les lignes de fuite comme dynamiques constitutives du processus créatif ; enfin, le texte (littéraire, pictural ou autre) envisagé comme un espace de sédimentation où s’agrègent des particules signifiantes dont l’épaisseur même vient recouvrir les abîmes de l’impensable (ou de l’impensé) et les failles de toute représentation objective. L’œuvre peut ainsi être appréhendée à partir de l’espace textuel et/ou visuel, envisagé dans sa matérialité comme un territoire investi par une puissance de création singulière, tour à tour clos et traversé par des dynamiques d’ouverture, de déplacement et de transformation.
2. Penser l’œuvre dans son rapport au territoire
Le territoire se définit comme contexte de production, de circulation et de réception des œuvres, donnant lieu à des approches comparatives qui interrogent les variations de thématiques et de formes selon les milieux culturels. Dans cette perspective, il s’agit particulièrement d’étudier les processus de translation et de traduction, de décontextualisation et de recontextualisation des œuvres : la patrimonialisation implique-t-elle toujours une territorialisation ?(10) Que se passe-t-il lorsqu’une création est déplacée vers un autre territoire ? Par quels moyens se déterritorialise-t-elle et se reterritorialise-t-elle ? Quels effets esthétiques, symboliques ou politiques en résultent ?
3. Penser le territoire comme œuvre
Ce troisième volet propose de considérer le territoire lui-même en tant que création, en examinant les formes esthétiques, symboliques et politiques par lesquelles il se conçoit, se façonne et se perçoit comme telle. Cette perspective se manifeste notamment à travers la conception du paysage comme écriture, de la ville comme texte ou encore des espaces vécus comme formes d’expression plastique, visuelle et/ou scripturale. Le territoire, en tant que création culturelle et symbolique, peut ainsi être envisagé tel un support d’inscription, un palimpseste collectif où se lisent les traces, les gestes et les voix de celles et ceux qui l’habitent ou le traversent. Comment le territoire devient-il une œuvre, un espace lisible et interprétable ?
Dans ces trois volets, une attention particulière sera portée à la dimension écocritique, interrogeant la manière dont les créations culturelles participent d’une réflexion sur les enjeux écologiques contemporains à travers leur rapport au territoire.
Organisation de l’axe transversal et objectifs
L’axe s’articule autour d’un séminaire sur les rapports entre création(s) et territoire(s), conçu comme un espace de réflexion transdisciplinaire et évolutif. Il s’agit, ce faisant, de développer une réflexion nourrie par les apports croisés des études littéraires et culturelles, de l’histoire, de la géographie, de la philosophie ou encore de la sociologie, en donnant la parole aux chercheurs de l’ILCEA4 ainsi qu’à des invités issus d’autres laboratoires.
Les séances sont enregistrées sous la forme de podcasts et mises en ligne sur le site de l’ILCEA4, constituant ainsi une archive vivante de la réflexion collective menée au sein du séminaire. Celui-ci débouchera sur un colloque international et pluridisciplinaire, destiné à approfondir et à synthétiser les recherches engagées.
Des activités associées (conférences, journées d’étude, expositions) sont également proposées par les membres de l’ILCEA4 en lien avec leurs propres travaux afin d’étayer la réflexion sur le territoire et d’en explorer les multiples déclinaisons culturelles. Dans cette perspective, une attention particulière est portée aux démarches de recherche-action et de recherche-création, permettant d’articuler production de savoirs et pratiques créatives. Ces approches offrent un cadre propice à l’exploration du territoire comme espace d’expériences, de représentations et de transformations. Elles favorisent également des collaborations avec des acteurs culturels, artistiques ou institutionnels, ouvrant la recherche à d’autres formes de restitution et de partage.
Enfin, l’axe transversal se veut un lieu de transmission entre chercheurs confirmés et jeunes chercheurs. Les étudiants du Master LLCER sont associés aux différentes activités, notamment à travers l’organisation d’une journée d’étude annuelle, leur permettant de s’initier à la recherche et de contribuer activement à la dynamique scientifique de l’équipe.
(1) Heidegger, M. (2009). Remarques sur l’art, la sculpture et l’espace [1951]. Paris : Rivages.
(2) Bachelard, G. (1957). La poétique de l’espace. Paris : Presses Universitaires de France.
(3) Foucault, M. (2001) « Des espaces autres » [1967], dans Dits et Écrits II. 1976-1988. Paris : Gallimard, 1575.
(4) Deleuze, G. et Guattari, F. (1991). Qu’est-ce que la philosophie ? Paris : Éditions de Minuit, 82.
(5) Ibid., 91.
(6) White, K. (1987). L’Esprit nomade. Paris: Grasset.
(7) Westphal, B. (2007). La géocritique : Réel, fiction, espace. Paris : Presses Universitaires de Rennes.
(8) Ryan, M.-L. (2009). Narrative across Media: The Languages of Storytelling. Lincoln: University of Nebraska Press.
(9) Collot, M. (2011). Penser le paysage littéraire. Paris : Éditions L’Harmattan.
(10) Melmoux-Montaubin, M. (2020). « Patrimonialisation et territorialisation de la littérature : causes, enjeux et effets ». Recherches & Travaux [En ligne], 96, URL : http://journals.openedition.org/recherchestravaux/2361.
Responsables & membres
Responsables :
Laurent Gallardo
Pierre Géal
Sébastien Scarpa
ilcea4-cct
univ-grenoble-alpes.fr (ilcea4-cct[at]univ-grenoble-alpes[dot]fr)
Habiba Naïli
habiba.naili
univ-grenoble-alpes.fr
Membres :
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