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Projet "RESISTIC" : les résistants du net. Critique et évasion face à la coercition numérique en Russie

La Russie constitue un espace de haute tension entre les libertés numériques globalisées et les politiques d’encadrement national d’Internet officiellement justifiées par des motifs de sécurité sur les réseaux numériques.

Depuis le début des années 2000, le pays connaît en effet le développement conjoint d’un web non filtré et le renforcement d’un autoritarisme défavorable aux libertés publiques. Outre son évolution intérieure, l'Etat russe est souvent accusé de piratage à l'encontre des organisations internationales,  d'orchestration de cyber-attaques et de perturbation des processus électoraux dans les pays étrangers. La présence médiatique russe à l'international (Russia Today, Sputnik) fait l'objet de critiques par les décideurs occidentaux. Dans ce contexte de resserrement autoritaire et d'intervention à l'international, le présent projet a pour objet d’analyser les résistances et les adaptations des acteurs du web russes aux nouvelles régulations nationales imposées depuis le début des années 2010. Au regard des travaux académiques actuellement disponibles, ce projet de recherche innove par une enquête sur les résistances en ligne en Russie qui permet de mettre au jour des pratiques sociales et des techniques de contournement des contraintes en ligne peu connues. Il a aussi l’ambition de contribuer, au-delà du cas russe, aux réflexions sur les reconfigurations du politique à l’épreuve des sciences et techniques de la communication dans le monde contemporain.   

Le projet est organisé autour de trois grands axes complémentaires. L’axe 1 est consacré à l’étude des résistances et aux arts du contournement des professionnels du web (hackers, fournisseurs d’accès, ingénieurs, experts…) face aux nouvelles régulations juridiques et techniques de l’Internet sur le territoire russe. Il examinera les innovations techniques et les usages hétérodoxes du web permettant de contourner ou de lutter contre les contraintes institutionnelles. L’axe 2 analysera l’appropriation des outils de contournements, leur usage et leur promotion par les « professionnels de l’espace public » (journalistes, éditeurs, entrepreneurs urbains). Il examinera comment ces acteurs s’emparent des dispositifs de contournement pour trouver des compromis originaux, permettant de résister à la contrainte tout en restant présents et actifs dans l’espace public. L’axe 3 étudiera les stratégies d’échappement par l’exil aux nouvelles coercitions en ligne. Il portera sur les stratégies des professionnels du web (hackers) et de l’espace public (journalistes et éditeurs notamment) choisissant de quitter le pays pour développer des pratiques numériques depuis l’étranger et sur leur rôle de passeurs dans la circulation des savoir-faire digitaux internationaux. Il portera aussi sur la migration des infrastructures du net (délocalisation des serveurs par exemple).

Le projet réunit une équipe pluridisciplinaire parfaitement ajustée aux objectifs poursuivis, alliant compétences dans l’étude des résistances et des mobilisations sociales, innovation dans le domaine de la sociologie des sciences et des techniques digitales et parfaite connaissance du terrain russe. Le projet débouchera sur des résultats académiques forts, diffusés dans des publications de rang international (articles dans des revues indexées, ouvrage collectif en anglais) et lors de colloques internationaux. Ses principaux résultats seront mis à la disposition du grand public sur un espace Internet (en français, anglais et russe) et valorisés dans les médias. La recherche contribuera à une meilleure compréhension des résistances digitales dans un monde numérique où les inquiétudes sécuritaires et les politiques de contrôle nationales se renforcent au risque de la démocratie. Elle permettra de développer une expertise sur ces questions profitable aux institutions publiques et aux organisations de la société civile.

Acronyme : ResisTIC
Financeur : ANR
Début et durée : 1er janvier 2018 - 42 mois
Budget : 410 000 euros


Partenaires

  • CERCEC (EHESS-CNRS)
  • Institut des sciences de la communication
  • Eur’Orbem
  • ILCEA 4
  • Télécom ParisTech

Membres du projet 

  • Olga Bronnikova (MCF, ILCEA4)
  • Françoise Daucé (DE, EHESS)
  • Fabrice Demarthon (IE, CERCEC)
  • Dana Diminescu (MCF, Telecom Paris Tech)
  • Ksenia Ermoshina (Post-doctorante, ISCC)
  • Alexander Kondratov (Post-doctorant, Bruxelles)
  • Valery Kossov (MCF, ILCEA4)
  • Benjamin Loveluck (MCF, Telecom Paris Tech)
  • Francesca Musiani (CR, ISCC)
  • Bella Ostromooukhova (MCF, U. Paris-Sorbonne)
  • Anna Zaytseva (MCF, U. Toulouse)
Mis à jour le 11 octobre 2018