Centre d'études slaves contemporaines
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Équipe
Directrice : Laure Thibonnier-Limpek
Gestionnaire administrative et financière : houria.el-mansouri
univ-grenoble-alpes.fr (Houria El Mansouri)
Membres
Consultez la liste des membres du CESC
Les membres associés : Julie Gerber, Andrei Kostin, Svetlana Maslinskaia, Anna Shcherbakova
Le CESC a été créé dans les années 1970 pour regrouper les travaux de recherche en linguistique russe et slave du Professeur Claude Robert et ceux menés en analyse du discours politique par l’équipe réunie autour du Professeur Alexandre Bourmeyster. Celui-ci fonde en 1981 la revue du centre Essais sur le discours soviétique, qui s’inscrit dans la recherche nationale et internationale en sémiologie, analyse du discours, linguistique, concernant l’Union soviétique. Après la chute de l’URSS, la revue change de nom, devenant Essais sur le discours de l’Europe éclatée.
En effet, après avoir intégré l’ILCE (Institut des Langues et Cultures européennes) dans les années 1990, le CESC étend ses recherches à la littérature et à la civilisation de la Russie contemporaine et du monde slave dans le contexte de la transition postsoviétique. À partir de 2005, ses travaux sont publiés dans la revue Chroniques slaves, créée par le CESC, qui existera jusqu’à sa fusion dans la revue en ligne ILCEA.
Les travaux du CESC relèvent de l’aire culturelle et géographique russophone. En 2021, le CESC a choisi pour fil conducteur de ses activités pendant trois ans la question de la résistance et du contournement en Russie et dans l’espace postsoviétique russophone. Cette thématique a donné lieu à l’organisation d’un séminaire pluriannuel suivi d’un colloque international. Une publication est en cours de préparation (ILCEA, n°66, parution prévue en 2027).
À l’issue de ces trois années de réflexion, un nouvel axe de recherches a émergé autour de la question de la censure, qui donne lieu à un nouveau cycle de séminaire. Parallèlement, un séminaire franco-suisse consacré à la relecture écopoétique des littératures russophones débute en septembre 2026 ; il est coorganisé avec l’Unité de russe de l’Université de Genève.
Résistances et contournements en Russie et dans l’espace postsoviétique (2021-24)
Dans le contexte de l’accroissement des tensions aux niveaux national et international, les nouvelles contraintes rencontrent des résistances de nature diverse, mais aussi de nombreuses stratégies de contournement. Ces stratégies sont celles des divers milieux de militants opposés au pouvoir en place, mais aussi celles que le pouvoir déploie à travers son discours et l’action politique, afin de maintenir sa crédibilité et sa légitimité dans la société russe contemporaine et sur la scène internationale.
Dans le domaine littéraire, il s’agit des stratégies de résistance, mais aussi d’adaptation et de contournement, face au renforcement des contraintes idéologiques ou législatives, s’ajoutant aux contraintes économiques et du marché de l’édition. Le texte littéraire, en tant qu'œuvre d’art, est le produit du travail de l’artiste sur la langue, et au-delà sur la culture, qui présente une résistance, particulièrement lorsque les changements socio-politiques s’accélèrent. La création consiste à inventer des moyens de donner un contour à ce matériau tout en y insufflant un contenu. C’est donc à la fois un contournement et un dépassement.
D’une manière plus générale, les lieux de création littéraire, théâtrale, cinématographique, musicale (rock, rap, chanson), les médias (la presse, la télévision, l’Internet), les musées (les stratégies mémorielles concernant le Goulag, la Shoah, la IIe Guerre mondiale), en tant que lieux d’expression et de dialogue, sont souvent devenus des espaces de résistance. Face aux enjeux politiques, économiques et sociétaux, non seulement la littérature, mais aussi la culture et les arts sont amenés à trouver sans cesse de nouveaux modes de représentation, afin de résister au modèle unique imposé par le pouvoir officiel ou la société, ou de le contourner, et de garantir une pluralité de visions et de regards sur le présent, le passé et l’avenir de la Russie, sur sa mémoire et ses valeurs.
Le séminaire s'est donné pour objectif d’explorer la problématique de la résistance, du contournement et de l’adaptation en Russie d’aujourd’hui en croisant divers thèmes de recherche et approches méthodologiques des disciplines représentées eu CESC. Dans le contexte de l’accroissement des tensions aux niveaux national et international, les nouvelles contraintes ont rencontré des résistances de nature diverse, mais aussi de nombreuses stratégies de contournement ou d’adaptation tant dans le domaine des rapports entre l'État et la société que dans la vie littéraire et artistique.
Le calendrier des séances
2021-2022
- le 29 octobre 2021, 16.30 - 18.30 : Olga Bronnikova et Valéry Kossov, "La souverainisation de l'Internet russe et son impact sur le militantisme : vers la fin de la résistance ?"
- le 26 novembre 2021, 16.30 - 18.30 : Laure Thibonnier et Daria Terebikhina, "Saint-Pétersbourg : lieux de mémoire"
- le 18 février 2022, 15.00 - 17.00 : Youlia Sioli, Anna Scherbakova, Katerina Tarasiuk, "Écritures féminines et canons littéraires"
- le 18 mars 2022, 15.00 - 17.00 : Olga Davydova (Professeure invitée, Karelian Institute, University of Easten Finland), "Comment immigrer dans l'histoire ? L'immigration russe et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Finlande"
- le 29 avril 2022, 15.00 - 17.00 : Alexeï Evstratov, "Comment éviter la politique au théâtre : La Conférence iranienne (2018) d’Ivan Viripaev."
2022-2023
- le 21 octobre 2022, 15.30 - 17.30 : Andreï Kostin «Сопротивление на окраинах детской печати во время и после Оттепели» (en russe) La résistance aux confins de la littérature de jeunesse pendant et après la période du Dégel
- le 25 novembre 2022, 15.30 - 17.30 : Anna Shcherbakova « F-pismo et le réseau d’écriture féministe en Russie contemporaine »
- le 9 décembre 2022, 15.30 - 17.30 : Isabelle Desprès, Laure Thibonnier « La résistance à la vieillesse dans la littérature russe contemporaine »
- le 24 février 2023, 15.30 - 17.30 : Svetlana Maslinskaïa « Трансформация канона детской литературы в период социальных потрясений » (Les transformations du canon de la littérature de jeunesse face aux bouleversements sociaux)
- le 17 mars 2023, 15.30 - 17.30 : Sergueï Akopov « Сопротивление гендерному национализму и маскулинной "политике одиночества": на примерах из российского кино » (Résistances à un nationalisme de genre et à une politique masculine de la "solitude" à travers quelques exemples du cinéma russe)
- le 21 avril 2023, 15.30 - 17.30 : Evguenia Lekarevitch « Послушание и агентность в детской литературе » (Docile agents, mighty children: agency in an empirical study of children's literature)
- le 26 mai 2023, 15.30 - 17.30 : Pavel Arseniev « Les tactiques d’exil linguistique entre l’urgence politique et le programme poétologique. Le cas de la revue Translit en traduction »
2023-2024
- 15 septembre 2023, 15.30 - 17.30 : Sergueï Chubraev, expert indépendant, Paris, « Антиконформизм рок-поэзии 1970-80 годов как форма сопротивления доминирующей идеологии. » (L'anticonformisme de la poésie rock des années 1970-1980 comme forme de résistance à l'idéologie dominante.)
- 06 octobre 2023, 15.30 - 17.30 : Ilia Kiriya, GRESEC, UGA, « Le contrôle idéologique au sein des établissements académiques russes : comment les réformes néolibérales ont contribué à la suppression des libertés académiques »
- 20 octobre 2023, 15.30 -17.30 : Alexandre Manuylov, PACTE, « Практики избегания и дискурс надежды: Москва 2023. » (Les pratiques de contournement et le discours d’espoir : Moscou 2023)
- 17 novembre 2023, 15.30 - 17.30 : Teemu Tapani Oivo, University of Easten Finland, « Transnational Death and Sensitivity of Online Discussions »
- 08 décembre 2023, 15.30 - 17.30 : Tatiana Voronina, Université de Zurich, « La réactualisation de la notion de génocide et la victimisation des victimes du siège de Leningrad. Changement d’orientations mémorielles en Russie d’aujourd’hui »
- 19 janvier 2024, 15.30 - 17.30 : Svetlana Maslinskaya, ILCEA4, UGA, « Адаптация героического нарратива в современной российской пропаганде (о жанровой и текстовой традиции) » (Adaptation du récit héroïque dans la propagande en Russie contemporaine: de la tradition des genres textuels)
- 02 février 2024, 15.30 - 17.30 - report le 29 mars : Alexandre Volkovinski « Усиление тенденций гонзо-журналистики в современном украинском медиапространстве как форма сопротивления » (Renforcement des tendances du gonzo-journalisme dans l'espace médiatique ukrainien contemporain en tant que forme de résistance)
- 16 février 2024, 15.30 - 17.30 : Mikhaïl Antonov, HSE, Moscou, « La réinterprétation des normes constitutionnelles dans le discours de l’Eglise orthodoxe russe aujourd’hui »
- 08 mars 2024, 15.30 - 17.30 : Olga Malinova, HSE, Moscou, « L’adaptation de la mémoire traumatique des années 1990 dans le discours officiel russe contemporain »
- 7 juin 2024, 15.30 - 17.30 : Elena Sherstoboeva, Essex Law School, « Russian Bans on ‘Fake News’ about the war in Ukraine: Conditional truth and unconditional loyalty. »
Colloque
7 et 8 novembre 2024
La censure entre régulation culturelle et pression politique (2024 - …)
Les récentes évolutions juridiques en Russie ont exclu un certain nombre de sujets de la discussion dans l’espace public, par exemple, les sexualités non hétéronormées, ou encore la guerre menée par l’État russe en Ukraine. Les premières ne peuvent exister dans l’espace public que si elles sont condamnées ; quant à la seconde, sous l’euphémisme d’« opération militaire spéciale », elle doit correspondre en tous points au récit construit par le pouvoir.
S’il n’existe pas à proprement parler d’organe de censure à l’instar de ce qui se pratiquait dans l’Empire de Russie ou en URSS, les pratiques professionnelles et quotidiennes d’acteurs comme les éditeurs, les traducteurs, les écrivains, les journalistes, les metteurs en scène et même les consommateurs de produits culturels (lecteurs, spectateurs, auditeurs, joueurs…) conduisent à des formes de censure et d’auto-censure à divers degrés influencées par les pratiques censoriales historiques.
C’est à leur étude, ainsi qu’à leur ancrage historique, qu’entend désormais s’attacher le CESC, dans une approche originale s’arrêtant tant sur les mécanismes punitifs (lois, condamnations, coupures, interdictions…) qu’incitatifs (prix, appels à projets, accompagnement institutionnel…). Depuis leurs champs disciplinaires respectifs, les chercheurs s’intéresseront aux acteurs impliqués dans les mécanismes censoriaux, et chercheront à saisir ce qui fait l’objet de l’interdiction ou de l’incitation, en lien avec le contexte historique, politique et social.
Dans une approche diachronique et comparative, ils se pencheront tant sur les processus censoriaux contemporains que sur leurs précédents historiques. Une place sera également faite aux autres aires slavophones, ainsi qu’aux pratiques en émigration. Les séances du séminaire seront consacrées tant à des lectures de textes théoriques qu’à des études de cas.
Le calendrier des séances
2025-2026
- le 9 décembre 2025, 16.00-18.00 : Gleb Shulpyakov, écrivain, «Eвгений Боратынский и его литературно-светское окружение в условиях официальной цензуры России 30-х годов» (Evgenij Boratynskij et son réseau mondain et littéraire dans le contexte de la censure officielle en Russie dans les années 1830).
- le 6 février 2026, 16.00-18.00 : Massimo Maurizio, université de Turin, «Самиздатский Глазков и глазковский самиздат».
- le 16 mars 2026, 16.30-18.30 : Larissa Muraveva, Litt&Arts, « Les gestes de l’autocensure dans l’autofiction russophone ».
- le 3 avril 2026, 16h-18h : Mikhail Kaluzhsky, «Эволюция российской театральной цензуры. 2000-2025» (L’évolution de la censure du théâtre en Russie. 2000-2025).
- le 20 avril 2026, 15h30-17h30 : Giulia De Florio, université de Parme, «Цензура в советской детской литературе на примере архивного материала Главлита» (La censure dans la littérature de jeunesse soviétique à partir des archives du Glavlit).
- le 19 juin 2026, de 14h30 -16h30 : Anna Zaïtseva, université de Toulouse 2 Jean Jaurès, « Tolérer, encadrer, interdire : régulations autoritaires des scènes de musiques populaires, de l’URSS à la Russie contemporaine ».
2024-2025
- le 17 septembre 2024, 15.30-17.30 : discussion de Laurent Martin, « Penser les censures dans l'histoire », Sociétés & Représentations, 2006/1, n° 21, p. 331-345, DOI : 10.3917/sr.021.0331
L’introduction de Kirill Zubkov, Prosveŝat΄ i karat΄. Funkcii cenzury v Rossijskoj imperii serediny XIX veka [Instruire et punir. Les fonctions de la censure dans l’Empire de Russie au milieu du XIXe siècle], M., NLO, 2023. - le 15 octobre 2024, 15.30-17.30 : Andrei Kostin, « Kak lubok k nam prišel : istoričeskie i medial΄nye sloi cenzury » [Comment le loubok est-il arrivé jusqu’à nous ? Historicité et intermédialité des mécanismes de censure]
Svetlana Maslinskaia, « Redaktura kak cenzura ? Slučaj Ekateriny Boroninoj » [La rédaction éditoriale, une censure ? Le cas de Ekaterina Boronina] - le 12 novembre 2024, 15.30-17.30 : Laure Thibonnier, « Detskie risunki blokady » [Les dessins d’enfants du siège de Leningrad].
- le 10 décembre 2024, 15.30-17.30 : Kirill Zubkov, « "...туркмен, бухарец, восточный человек...": драматическая цензура и ориентализм в драматургии Российской империи» ["Turkmène, originaire de Boukhara, Oriental… » : la censure dramaturgique et l’orientalisme dans le théâtre russe impérial],
Alexeï Evstratov, Le Dragon, d'Evgueni Schwartz : allégorie antifasciste comme problème de lecture. - le 25 février 2025, 15.30-17.30 : séance organisationnelle
- le 24 mars 2025, 15.30-17.30 : présentation et discussion de textes
Svetlana Maslinskaia, Andrei Kostin - le 21 avril 2025, 15.30-17.30 : présentation et discussion de textes
Alexander Kondratov, “La politique de censure sur les réseaux sociaux (Facebook, X-Twitter)” - le 27 mai 2025, 15.30-17.30 : présentation et discussion de textes
Mikhail Antonov, Sergei Akopov, « Le dispositif juridique et politique de la censure en Russie d'aujourd'hui : la loi sur l'information à l'épreuve des tensions géopolitiques » - le 24 juin 2025, 15.30-17.30 : présentation et discussion de textes
Ilia Kiriia
Écrire le vivant. Approches écopoétiques des littératures russophones contemporaines (2026 - …)
Séminaire commun franco-suisse. Centre d’Études Slaves Contemporaines (ILCEA4), Université Grenoble Alpes & Unité de russe, Université de Genève.
À la croisée des études littéraires et des humanités environnementales, ce séminaire de recherche mensuel en mode hybride propose de mobiliser une perspective écopoétique pour explorer les représentations et imaginaires de la nature dans les littératures russophones du XXIe siècle, tout en réfléchissant à des manières relire autrement des textes plus anciens. Bien que les œuvres contemporaines écrites dans des contextes de violences de masse – guerre en Ukraine, censure, répressions, exil – articulent un discours sur l’environnement à des enjeux esthétiques et politiques essentiels, ces enjeux restent un champ en friche dans la slavistique contemporaine. Notre séminaire vise à développer cette approche. Il a également pour ambition de construire un appareil critique et un corpus adaptés à la reconfiguration récente du champ littéraire. Son objectif est de développer un réseau international de chercheur-ses travaillant sur des enjeux écopoétiques dans la littérature russophone.
Mais en quoi l’approche écopoétique se distingue-t-elle des autres perspectives critiques, alors même que la nature constitue depuis toujours un thème majeur de la littérature ? Si l’écocritique venue des études anglophones (le terme a été introduit par William Rueckert en 1978) étudie les rapports entre productions humaines et environnement dans une perspective transdisciplinaire, l’écopoétique, quant à elle, s’intéresse aux relations entre nature et culture, humain et non-humain, ainsi qu’aux représentations littéraires des menaces pesant sur le vivant (Posthumus, 2017).
L’écopoétique suppose d’abord une certaine politisation de la nature (animaux, plantes, minéraux, matières premières, paysage). On écrit moins sur elle qu’avec elle, en prêtant attention aux problèmes posés par la domination humaine et l’anthropocentrisme, y compris dans nos imaginaires, en prenant notamment en compte la crise climatique. Il s’agit d’une attitude commune à un grand nombre de textes contemporains. Dans le prolongement de la sensibilité pour les problématiques environnementales qui commence à se développer dans les années 1990, la littérature contemporaine fait apparaître la nature comme un lieu à protéger, un refuge – voire, parfois, un véritable agent de l’histoire. Toutefois, cette attention au vivant est également perceptible dans des littératures d’autres époques qui envisagent la nature dans sa réalité propre, plutôt que comme un moyen de renvoyer à d’autres discours ou significations.
Le terme « vivant » dans l’intitulé du séminaire renvoie à la question animale et aux études de zoopoétique (De Fontenay, 1998 ; Simon, 2021), mais englobe aussi les écosystèmes dans leur ensemble (rivière, océan, montagne, forêt). Cette notion implique également de considérer une forme de continuité entre les êtres et les matières naturelles (pierre, glace ou autres matérialités dites « inertes ») dès lors qu’elles sont investies d’une agentivité dans des textes littéraires – que ce soit sur le plan de la présence, de la mémoire, de l’affect ou de l’intention (Polyarinov, Lebedev, Nyrkova). Cette idée est soutenue par une réflexion philosophique sur la puissance d’agir de la matière (Bennett, 2010) et sur l’interdépendance radicale entre humains et non-humains, qui déconstruit notre vision de l’écologie en rendant caduque l’idée d’une nature extérieure à nous (Morton, 2010, 2013, 2016).
Dans de nombreuses œuvres contemporaines, le milieu naturel se déploie comme un réseau de forces et de relations, élaborent de nouvelles formes de sensibilité au monde permettant de renouveler notre compréhension du réel, mais aussi de la création littéraire. Ce nouveau regard ouvre la voie à des relectures d’œuvres dans lesquelles l’environnement occupe une place singulière, en mettant au jour des relations entre humains et non-humains qui étaient jusque-là restées peu explorées. Historiquement, dans les récits de voyage du début du XIXe siècle, la nature se donne à voir comme un espace à conquérir ; dans les œuvres de fiction, elle est un outil pour explorer l’intériorité des personnages, soit comme miroir de leurs états d’âme, soit comme moyen d’expérimenter le sublime. Dans certaines œuvres du réalisme socialiste, elle est perçue avant tout comme une ressource à exploiter et un objet à dominer, façonné par les transformations technologiques. Sous la plume des écrivains postmodernes, elle se fait instrument critique.
Parmi les productions plus récentes, de nombreux textes écrits par des femmes et des personnes queer s’inscrivent dans une perspective écoféministe, dans la mesure où ils interrogent l’analogie entre les dominations qui s’exercent entre les humains et la nature et dans les rapports de genre (lashden, Vasyakina, Nekrasova). En mettant l’accent sur des aspects de la nature qui peuvent être perçus comme troublants, voire répulsifs, ces œuvres subversives contribuent à établir un dialogue entre l’écopoétique et les théories queer.
Enfin, dans la mesure où elle adopte un regard critique sur les attitudes anthropocentrées, patriarcales et paternalistes, l’approche écopoétique invite à réfléchir aux dynamiques coloniales et impérialistes qui traversent la littérature et la politique dans l’espace russophone (Djabbarova, Apakhonchich).
Ces tendances se font jour également en littérature de jeunesse. Si une très grande partie des textes écrits pour les enfants et les adolescents visent à sensibiliser le jeune lecteur à la protection de l’environnement et aux enjeux écologiques, d’autres auteurs vont jusqu’à dévoiler les liens intimes entre l’humain et le non humain et questionner les rapports sociaux à ce prisme (Roudachevski).
Nous proposons d’aborder la perspective écopoétique selon cinq axes :
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Zoopoétique : figures animales (sauvages, domestiques et de compagnie), leur place dans la société, leur fonction littéraire et leur portée symbolique, les interrogations qu’elles soulèvent en lien avec la nature humaine (Katia Krylova, Oxana Timofeeva)
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Environnement et mémoire, paysage et éléments naturels comme archives (Luba Jurgenson, Susi K. Frank)
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Matière première et ressources naturelles (pétrole, or, concept d’extraction...) : comment elles affectent le champ littéraire et les manières de penser la poétique (Susanne Strätling, Ilya Kalinin)
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Écopoétique en lien avec les subjectivités féministes et queers (Sylvia Chassaing, tony lashden)
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Littérature pour les enfants ou la jeunesse : engagement écologique et dimension didactique dans l’écolittérature jeunesse, contes et merveilleux écologique (Laure Thibonnier)
Le calendrier des séances
NB : La langue du titre de l’intervention (français, anglais ou russe) correspond à la langue utilisée pendant la séance.
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le 25 septembre 2026, à Grenoble : Sylvia Chassaing, « Introduction à l’écopoétique dans la littérature russe / écoféminisme / autre ? »
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le 22 octobre, à Genève : Susanne Strätling, « Raw Material and Poetics »
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le 23 novembre, à Genève : Laure Thibonnier, « Quelle lecture écopoétique pour la littérature de jeunesse russophone ? »
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décembre 2026, à Grenoble : Susi K. Frank, « La glace comme archive naturelle chez Chalamov et Lebedev / l’hydropoétique chez Aitmatov, Belyi parokhod »
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le 25 janvier 2027, à Genève : Luba Jurgenson, « Paysage dans la littérature des camps »
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février 2027, à Genève : Oxana Timofeeva, «Несостоявшаяся любовь: секс, насилие и животные у Фрейда»
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mars 2027, à Grenoble : tony lashden, «С точки зрения колорадского жука: перспективы эко-поэтики в беларуском контексте»
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30 avril 2027, à Grenoble : Ilya Kalinin, «Русская петропоэтика»
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mai 2027, en ligne : Katia Krylova, «От безмолвия к сопротивлению: эмансипация животных (и людей) в современной прозе на русском языке»
Organisation :
Julie Gerber, Laure Thibonnier, ILCEA4, CESC (Université Grenoble Alpes)
Liliya Dyachenko, Tatiana Smoliarova (Université de Genève)
Contact : julie.gerber
univ-grenoble-alpes.fr (julie[dot]gerber[at]univ-grenoble-alpes[dot]fr)
Bibliographie critique
Ecopoétique et écocritique générale
Jane Bennett. Vibrant Matter. A political Ecology of Things. Durham and London: Duke University Press, 2010.
Clark, Timothy. The Cambridge Introduction to Literature and the Environment. Cambridge university press, 2011.
Chelebourg, Christian (dir.). Ecofictions et Cli-fi : l’environnement dans les fictions de l’imaginaire. Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 2019.
Collot, Michel. Un nouveau sentiment de la nature. Paris, Editions José Corti, 2022.
Frank, Susi K., Jakobsen, Kjetil A. (dir.). Arctic Archives: Ice, Memory and Entropy. Bielefeld, Transcript-Verlag, 2019.
Garrard, Greg. Ecocriticism. London, Routledge, 2011.
Ghosh, Amitav. Le grand dérangement : d’autres récits à l’ère de la crise climatique. Traduit par Morgane Iserte et Nicolas Haeringer, Wildproject, 2021.
Bachelard, Gaston. La Poétique de l’espace, Paris, PUF, 1970.
Buekens, Sara, et al. L’horizon écologique des fictions contemporaines. Librairie Droz, 2022.
Chiari, Sophie. L’écocritique : repenser l’environnement au prisme de la littérature. Presses universitaires Blaise Pascal, 2024.
Hansson, Heidi, Ryall, Anka (dir.). Arctic Modernities: The Environmental, the Exotic and the Everyday. Cambridge Scholars Publishing, 2017.
Hiltner, Ken, éditeur. Ecocriticism : The Essential Reader. Routledge, 2015.
Huggan, Graham, et Helen Tiffin. Postcolonial Ecocriticism : Literature, Animals, Environment. Routledge, 2009.
Johns-Putra, Adeline (éd.). Climate and Literature. Cambridge university press, 2019.
Larrère, Catherine, Larrère, Raphaël (dir.). Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, Paris, La Découverte, 2015.
Löschnigg, Maria, et Melanie Braunecker (ed.). Green Matters : Ecocultural Functions of Literature. Brill-Rodopi, 2020.
Marcandier, Christine. L’Écopoétique. Presses universitaires de Vincennes, 2024.
Morton, Timothy. La Pensée écologique [2010], traduit de l’anglais par Cécile Wajsbrot, Zulma Essais, 2019.
Morton, Timothy. Hyperobjects: Philosophy and Ecology after the End of the World, University of Minnesota Press, 2013.
Morton, Timothy. Dark Ecology: For a Logic of Future Coexistence, Columbia University Press, 2016.
Posthumus, Stéphanie. « Écocritique : vers une nouvelle analyse du réel, du vivant et du non-humain dans le texte littéraire », dans Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Guillaume Blanc, Élise Demeulenaere et Wolf Feuerhahn (dir.), Paris, Publications de la Sorbonne, 2017, p. 161-179.
Rigby, Kate. Reclaiming Romanticism. Towards an Ecopoetics of Decolonization. Londres et New York, Bloomsbury Academic, 2020.
Schama, Simon. Landscape and Memory. New York, Alfred A. Knopf, 1995.
Schoentjes, Pierre. Ce qui a lieu : essai d’écopoétique. Éditions Wildproject, 2015.
Schoentjes, Pierre. Littérature et écologie : le mur des abeilles. Éditions Corti, 2020.
Vadean, Mirella, David, Sylvain. La pensée écologique et l’espace littéraire. Université du Québec à Montréal, Figura, Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, 2014.
Westling, Louise Hutchings. The Cambridge Companion to Literature and the Environment. Cambridge University Press, 2014.
Littérature de jeunesse
Archambault, Sophie. « Représentations du végétal en milieu urbain dans l’album jeunesse contemporain : l’émergence de nouvelles relations entre enfants et plantes dans le Dernier arbre d’Ingrid Chabbert et Raul Nieto Guridi ainsi que du Petit jardinier extraordinaire de Sam Boughton », Postures, Actes du colloque CIEL 2025, <https://revuepostures.uqam.ca/?p=9772>
Autard, Jean. « L’arbre-monde dans l’illustration et la littérature de jeunesse : Dépaysement cosmologique et opérateur d’alerte politique sur la fragilité du vivant », Les chantiers de la création [en ligne], n°15, 2022, URL : http://journals.openedition.org/lcc/6014.
Constantinescu Muguraş et Piacentini, Mirella (dir.), Atelier de traduction, La littérature verte pour la jeunesse au prisme de la traduction, n°35-36, 2021.
Gaiotti, Florence. « Travailler la matière du livre, expérimenter le végétal dans la littérature de jeunesse en albums », L’Entre-deux, n°12, 2022.
La Revue des livres pour enfants. Que peut-on pour la nature ?, juillet 2024, n°336.
Martin-Mercier, Sylvie, Laure Thibonnier, Natacha Rimasson-Fertin, Chiara Ramero, Entre émerveillement et engagement. Littérature de jeunesse et écologie. Cahiers Robinson, 56, 2024. ⟨hal-04901055⟩
Monluçon, Anne-Marie, « Écologie, politique et transmission dans Nous sommes l’étincelle de Vincent Villeminot (2019) », L’Entre-deux, n°14, 2023.
NVL la revue, Demain, ma planète ? 2019, n°220.
NVL la revue, Considérons les animaux, 2022, n°323.
NVL la revue, Écopoétique et littérature jeunesse, 2023, n°236.
NVL la revue, Chez moi / Chez nous : [co]habiter le monde, 2023, n°237.
NVL la revue, Nous sommes les forêts, 2023, n° 238.
NVL la revue, Histoires d’eau… pour une écopoétique, 2023, n°243.
Pelladeaud, Kevin, « Enseigner l’oecologie de la ville : la formation à l’urbanité dans le roman d’anticipation pour la jeunesse (1880-1914) », Iris, n°46, 2026, URL : https://publications-prairial.fr/iris/index.php?id=4341.
Petitjean, Amarie. « L’écopoétique en littérature de jeunesse : désastre, urgence et autres rocamboles à adresser aux adultes », dans S. Brodziak, H. Manuelian, D. Masson (dir.), Crise climatique et sciences humaines, Effigi, coll. « La recherche en actes », 2023, p. 149-155.
Prince, Nathalie, et Sébastian Thiltges. Eco-graphies. Ecologie et littératures pour la jeunesse. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2018.
Thiltges, Sébastian. « Trois écogenres dans la littérature d’enfance au Luxembourg : essai d’une écocritique comparée intralittéraire », Les Cahiers luxembourgeois, 2018.
L’environnement dans la culture russe
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Les actualités du CESC
Outre les séminaires, le CESC organise des événements ponctuels en lien avec l’actualité de ses membres.
2026-27
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le 20 mars 2027 : journée d’étude « Faire culture hors frontières : l’exil russe au XXI siècle » (coorganisée avec l’Association française des russisants). https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/faire-culture-hors-frontiere-lexil-russe-au-xxie-siecle
2025-26
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le 04 novembre 2025 : projection des films « Blokada » de Sergei Loznitsa et « 900 Days » de Jessica Gorter. https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/sites/default/files/Mediatheque/2025/A3_leningrad_manif_2025-1.pdf
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le 05 novembre 2025 : présentation du livre de Sarah Gruszka Le siège de Leningrad (éd. Tallandier). https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/sites/default/files/Mediatheque/2025/A3_leningrad_manif_2025-1.pdf
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du 05 au 07 novembre 2025 : colloque « La politisation de la mémoire : le siège de Leningrad dans les discours, les pratiques et la recherche ». https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/politisation-memoire-siege-leningrad-discours-pratiques-et-recherche-0
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le 07 novembre 2025 : lecture de poèmes de Polina Barskova, par l’auteure. https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/sites/default/files/Mediatheque/2025/A3_leningrad_manif_2025-1.pdf
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le 24 avril 2026 : conférence d’Anton Gopko, « Traduire le théâtre : les interprétations de textes interprétés. Expérience de la "traduction du plateau" avec le théâtre de Tchekhov et Tolstoï ». https://ilcea4.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/conference-danton-gopko
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CS 40700
38058 Grenoble cedex 9
Tél : +33 (0) 4 76 74 87 17
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Publications
Revue(s) de l'équipe : ILCEA
Directrice : Laure Thibonnier-Limpek
Secrétariat de la publication : UGA éditions
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