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Bacilles, phobies et contagions. Les métaphores de la pathologie

Ouvrage / Recherche

La maladie nous obsède autant qu’elle nous fascine mais les écrivains ne lui accordent pas la place qu’elle mérite.

Il s’agit, selon Virginia Woolf, de combler un manque diagnostiqué, dans son essai De la maladie, comme une déficience logée au cœur du texte. Là où la pathologie peine à exister, la métaphore prolifère et multiplie les occurrences dans un parcours toujours polymorphe à travers les contrées, les genres, les classes et les siècles.

Héritée du travail de Susan Sontag sur le bacille de la tuberculose, sur le cancer ou encore le sida et les symboles qu’ils ont laissés derrière eux dans l’art et la société, cette exploration du concept de « pathologie » se veut macroscopique. L’étude des maladies et de leurs symptômes, bien sûr, s’étendant à la mise en mots, à la connaissance, par le langage, d’un organisme célébré pour son tissu infectieux que nous concevons, avant tout, comme un voyage : où et à quel moment le microbe a-t-il pris racine dans l’espace (littéraire) ?
Savoir localiser la maladie et pouvoir la nommer est déjà en soi une prouesse intellectuelle ; la faire exister ensuite revient à s’assurer que ses agents libres nous parviennent puis continuent à circuler – marche ou « démarche » vers le patient (le terme porte en lui la lenteur de ses attentes) qui inclut une réalité maintes fois contournée par la réécriture de sa mythologie.
Telle est la genèse d’une réflexion fluide dans ce recueil d’articles dédié à l’anatomie de l’humain aux prises avec le mal, les impuissances de son esprit encadrées par les douleurs de son histoire. Susan Sontag, à qui nous rendons ici hommage pour la persévérance de son engagement face au dédale de la pathologie, en théorie comme en pratique, nous ouvre une fois encore la voie en nous permettant d’injecter, au-delà du « phantasme », un mouvement autre à ce « paysage » devenu bien statique.

La maladie est manifestement, pour nous tous, une source d'obsession autant que de fascination ; pourtant, les écrivains ne semblent pas lui avoir accordé le statut littéraire qu'elle mérite. Dans son essai On Illness (De la maladie), Virginia Woolf nous indique qu'il s'agit là d'une déchirure à réparer au sein du corps textuel. Son diagnostic équivaut presque à pointer une lacune dans la manière dont elle perçoit les défaillances de la littérature. Si la pathologie peine à exister pleinement dans la conscience du lecteur, les métaphores qui lui sont associées prolifèrent librement et se multiplient au sein d'une conception plus vaste de l'art, où pays, genres, classes sociales et siècles finissent par se rejoindre. Inspirée par les réflexions de Susan Sontag sur la tuberculose, le cancer ou encore le sida — ainsi que sur les symboles qu'ils ont laissés dans l'art et la société —, cette exploration du concept de « pathologie » affiche une ambition pour le moins macroscopique : l'étude des maladies, certes, mais étendue aux modes généraux de connaissance et à leur application au langage. En d'autres termes, comment aborder le problème d'un organisme célèbre pour ses tissus infectieux ? Une véritable exploration, presque un voyage, qui nous invite à poser une nouvelle question : à quel moment les microbes ont-ils commencé à migrer vers certaines zones du canon littéraire ? Nommer et localiser une maladie constitue déjà, en soi, un tour de force intellectuel ; mais parvenir ensuite à faire exister cette maladie, à laisser ses agents libres s'intégrer avec art à nos modes de pensée et de compréhension, relève du miracle — c'est là l'objectif du patient (le mot « patient » lui-même condamne notre impatience à un processus très lent). Cette démarche englobe une réalité médicale souvent altérée par une mythologie largement répandue. Telle est l'essence de l'articulation fluide qui réunit, dans ce volume, divers essais sur le sujet, allant de l'anatomie humaine de l'art à une représentation plus métaphorique de la science. Le portrait d'une maladie dit souvent la vérité, et nous devrions prendre au pied de la lettre l'image de la médecine telle que la dessinent les auteurs : une tentative de théoriser la douleur en réécrivant ses symptômes, en inventant d'autres manières de l'envisager, alors même que les impuissances de l'esprit se trouvent ainsi « cadrées » par l'ekphrasis de son histoire pathologique. Susan Sontag — à qui il faut rendre hommage pour la persévérance de son combat, tant théorique que pratique, face aux affres de la pathologie — ouvre une fois de plus au lecteur moderne un nouvel éventail de perspectives. En nous invitant à soulever le voile des fantasmes qui entourent la maladie, elle nous permet d’insuffler d’autres formes de dynamiques créatrices dans l’univers de la maladie et son « décor » plutôt figé.

Contributeurs :

Jean-Pierre Naugrette (Paris 3), Élodie Raimbault (Grenoble 3), Catherine Delmas (Grenoble 3), Sébastien Scarpa (Grenoble 3), Caroline Bertonèche (Grenoble 3), Marianne Drugeon (Montpellier 3), Marie-Céline Daniel (Paris IV), Alexandra Sippel (Toulouse 2), Johann Chapoutot (Grenoble 2/IUF), Sylvie Kleiman-Lafon (Paris 8), Sophie Laniel-Musitelli (Lille 3), Delphine Cadwallader-Bouron (Paris 3), Gaëtane Plottier (Grenoble 2), Benjamine Toussaint (Paris IV), Laure de Nervaux-Gavoty (Paris-Est Créteil).

Sous la direction de Caroline Bertonèche.

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Auteur(s) : 

Caroline Bertonèche

Date de publication :

Informations complémentaires

Pages : 266

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Publié le 11 juillet 2018

Mis à jour le 15 juillet 2026