- Imprimer
- Partager
- Partager sur Facebook
- Partager sur LinkedIn
Soutenance / Recherche
Le 6 novembre 2026
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
David Crémaux-Bouche soutiendra publiquement sa thèse de doctorat intitulée Le temps des récits. Mémoire et terrorisme de l'ETA dans le roman basque d'expression castillane (2015-2021).
Cette thèse étudie la manière dont le roman basque d’expression castillane représente le terrorisme de l’ETA et participe à sa mise en mémoire dans la décennie qui suit la cessation définitive de l’activité armée, annoncée en 2011. À partir d’un corpus de huit romans publiés entre 2015 et 2021 par des autrices et des auteurs originaires du Pays basque, elle analyse la diversité des formes par lesquelles la fiction reconfigure cette histoire et en interroge la transmission.
Le jury est composé de
- M. Jesús ALONSO CARBALLES, Professeur des Universités en Civilisation espagnole, Université Bordeaux Montaigne, co-directeur de thèse
- M. Santiago DE PABLO, Professeur des Universités en Histoire espagnole, Université du Pays basque (Espagne), examinateur
- M. Xavier ESCUDERO, Professeur des Universités en Littérature espagnole, Université d'Artois, rapporteur
- Mme Laurence GARINO-ABEL, Maîtresse de conférences en Littérature espagnole, Université Grenoble Alpes, examinatrice
- Mme Émilie GUYARD, Professeure des Universités en Littérature espagnole, Université de Pau et des Pays de l'Adour, rapporteure
- Mme Catherine ORSINI-SAILLET, Professeure des Universités en Littérature espagnole, Université Grenoble Alpes, co-directrice de thèse
La soutenance sera suivie d'un moment convivial.
Résumé de la thèse :
Cette thèse étudie la manière dont le roman basque d’expression castillane représente le terrorisme de l’ETA et participe à sa mise en mémoire dans la décennie qui suit la cessation définitive de l’activité armée, annoncée en 2011. À partir d’un corpus de huit romans publiés entre 2015 et 2021 par des autrices et des auteurs originaires du Pays basque, elle analyse la diversité des formes par lesquelles la fiction reconfigure cette histoire et en interroge la transmission.
Située entre la clôture du cycle armé et la persistance de ses conséquences, cette production intervient dans ce que nous proposons de nommer le « temps des récits » : une séquence où la recomposition mémorielle du passé se conjugue aux opérations de temporalisation propres aux romans, au sein d’un espace public traversé par des récits concurrents. Notre travail examine comment les œuvres nomment les faits, organisent les causalités, distribuent la parole et rendent perceptibles les souffrances et les responsabilités. Nous envisageons le roman comme une forme active de configuration du passé, capable d’en restituer la complexité politique, sociale et affective sans dissoudre l’imputation ni établir d’équivalence entre des responsabilités profondément différentes.
L’analyse montre d’abord que le terrorisme ne se réduit pas aux attentats, aux assassinats, aux enlèvements ou aux menaces. Il constitue également un phénomène discursif, sensible et relationnel qui impose une lecture du monde et transforme la peur en principe de conduite. Face à l’imaginaire nationaliste radical, qui oppose l’ami à l’ennemi et héroïse le militant, les romans entreprennent un désassemblage critique. Ils défont la grandeur prêtée à l’action armée, restituent leur singularité aux victimes et rendent visibles les effets moins spectaculaires de la terreur : intimidation, silence, conformisme et abstention.
La sortie du cycle armé déplace également les récits vers l’après-coup, les traces et les héritages de la violence. Fragmentation, enquêtes et montages documentaires rendent sensibles les discontinuités du trauma et les conflits de transmission. Les notions d’« écran poétique » et de « faire-image », élaborées dans cette recherche, décrivent la manière dont les œuvres mettent les représentations héritées à distance et invitent le lecteur à rapprocher des traces incomplètes.
Enfin, la thèse interroge la portée civique de ces reconfigurations romanesques. Elle met en lumière la manière dont la littérature rend audible une « voix-victime », puis met en question les modèles d’autorité virils qui ont confisqué la parole et organisé la transmission de la violence. Cette redistribution des voix et des légitimités ouvre la possibilité d’une réparation qui n’exige ni pardon ni réconciliation. Les romans contribuent à penser une mémoire démocratique fondée sur la reconnaissance du tort, la pluralité des expériences et la dissymétrie des responsabilités.
Aussi s’agit-il, en définitive, d’examiner les conditions, les formes et la portée civique de la mise en mémoire romanesque du terrorisme de l’ETA, afin de comprendre comment la littérature participe à la « bataille pour le récit » aujourd’hui à l’œuvre au Pays basque et en Espagne. En reconfigurant les faits, les voix et les affects, le roman contribue à rendre ce passé intelligible et transmissible sans en atténuer la violence ni brouiller la dissymétrie des responsabilités.
Date
à 14h00
Localisation
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Salle des actes
Bâtiment Stendhal
Contact
Catherine Orsini-Saillet
catherine.orsini-saillet [at] univ-grenoble-alpes.fr
- Imprimer
- Partager
- Partager sur Facebook
- Partager sur LinkedIn