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Climate Fiction(s) #6

Séminaire / Recherche

Le 29 avril 2026

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire

Climate Fiction(s)

Ce séminaire est le sixième d'une série de séminaires intitulée « Climate Fiction(s) » qui a pour but d'explorer différents types de fictions climatiques, à la fois dans la littérature et dans les arts visuels, d'un point de vue anglophone. Pour ce sixième séminaire, nous aurons le plaisir d’écouter Elisabetta Di Minico, qui parlera de Woman on the Edge of Time de Marge Piercy.

Titre : The Climate of Control: Piercy’s Intersectional Critique of Patriarchy, Race, and Ecological Crisis in Woman on the Edge of Time

Woman on the Edge of Time (1976) de Marge Piercy est un ouvrage fondateur de la science-fiction féministe, empreint d’une forte perspective écologique, dans lequel la dégradation de l’environnement et la domination sociale apparaissent comme des systèmes de pouvoir structurels et interdépendants, ce qui inscrit le roman dans une tradition d’œuvres spéculatives explorant les recoupements entre oppression sociale et oppression écologique, parmi lesquelles News from Nowhere (1890) de Morris, La Servante écarlate (1985) d’Atwood, Elysium (2013) de Blomkamp et Tender Is the Flesh (2017) de Bazterrica, entre autres. Le récit de Piecy construit un continuum de contrôle qui relie le patriarcat, le racisme, la pauvreté, l’oppression médicale et politique, ainsi que la contamination, montrant comment la régulation des corps marginalisés, en particulier ceux des femmes et des personnes queer, va de pair avec l’exploitation de la nature.

À travers le personnage de Connie Ramos, le roman met en lumière l’asservissement biopolitique des individus jugés socialement inutiles, dans une réalité qui porte déjà les marques dystopiques d’une crise écologique et sociale. Les expériences répétées de discrimination et d’abus subies par Connie, ainsi que son internement dans un hôpital psychiatrique, illustrent la manière dont l’autorité institutionnelle discipline les sujets vulnérables dans les années 70. La critique de Piercy s’intensifie de manière théâtrale dans ce futur dystopique alternatif où vit Gildina, une femme-poupée dont l’identité est détruite puis reconstruite pour satisfaire les fantasmes masculins. Elle vit dans un New York stratifié verticalement, dominé par des multinationales, où l’atmosphère est mortellement polluée, la nature a disparu, la nourriture est synthétique, les indigents sont utilisés comme donneurs d’organes et l’esclavage sexuel par le biais de contrats temporaires remplace le mariage. Tandis que les pauvres survivent à peine au niveau du sol, dans un environnement toxique, les élites, améliorées médicalement, vivent dans le bonheur dans les espaces supérieurs. Les corps comme les écosystèmes sont dégradés, transformés en marchandises et exploités par le même régime de profit et de contrôle, dénonçant ainsi le cadre politique de l’urgence écologique. L’effondrement environnemental est indissociable de l’autorité des entreprises, des divisions de classe extrêmes et de la violence à l’égard des femmes. 

Face à cette trajectoire dystopique, la communauté écotopienne de Mattapoisett propose un paradigme d’avenir socio-écologique radicalement différent, fondé sur la durabilité, l’autonomie reproductive, la décentralisation et le démantèlement des hiérarchies de genre et raciales. Son intégration réfléchie de la technologie aux pratiques renouvelables et à l’égalité sociale envisage une société où justice et écologie coexistent, démontrant que la survie tant de l’humanité que de la planète dépend du démantèlement des structures de domination. Woman on the Edge of Time est un roman puissant et provocateur qui met en avant la justice intersectionnelle en jouant avec les cauchemars dystopiques et les rêves utopiques, et qui nous rappelle que la résistance environnementale est indissociable de la lutte contre le patriarcat, le racisme et les inégalités structurelles. 

Biographie

Au cours de la dernière décennie, Elisabetta Di Minico a développé un parcours de recherche stimulant, à la croisée des sciences humaines et sociales, axé sur la dystopie, l’altérité, le pouvoir et la violence sociale et politique. Ses travaux examinent la manière dont la littérature, le cinéma, les séries télévisées et la bande dessinée reflètent et interrogent des enjeux contemporains urgents tels que l’autoritarisme, l’injustice systémique, la violence de genre et raciale, l’effondrement écologique et la fragilité de la démocratie. Entre 2022 et 2025, elle a été boursière postdoctorale Marie Skłodowska-Curie (UNA4CAREER, Horizon 2020) à l’Université Complutense de Madrid, où son projet, intitulé The Enmity of Otherness, a analysé comment les récits dystopiques révèlent les mécanismes de l’hostilité politique et l’utilisation de « l’autre » pour justifier l’exclusion et la répression. Depuis l’obtention de son doctorat en histoire contemporaine (Université de Barcelone, 2015), elle est l’auteure de plus de 20 publications en anglais, espagnol, italien et catalan, dont la monographie Il futuro in bilico (Meltemi, 2018), utilisée comme manuel dans plusieurs universités italiennes. Elle a présenté ses travaux de recherche lors de plus de 60 événements internationaux dans plus de 15 pays, notamment à l’université de Harvard, à l’université de Sydney, à l’université nationale de Séoul et à la Scuola Normale Superiore. L’engagement auprès du grand public occupe une place centrale dans son travail. Depuis 2022, elle assure la programmation d’electricdreams, un festival de films de science-fiction (IULM, Milan), et organise des cycles de films dystopiques, des festivals littéraires, des lancements de livres et des débats publics. Elle a participé en tant qu’invitée à de nombreux festivals, a collaboré à des documentaires, des émissions de radio et de télévision, des podcasts et des diffusions en direct, et a siégé au sein de jurys de prix littéraires.

Répondante : Lisa Haristoy

Lisa Haristoy est ATER (enseignante-chercheuse contractuelle) à l’UGA, où elle enseigne l’anglais. Ses recherches en littérature féministe portent principalement sur la science-fiction féminine, guidées par des approches critiques telles que les féminismes cyborg, posthumain et de l’Anthropocène. Elle a récemment soutenu sa thèse de doctorat intitulée « À qui appartient le temps ? Le temps patriarcal et les contretemps féministes : dystopies féministes post-apocalyptiques anglophones au XXIe siècle ». Elle a publié des articles dans des revues universitaires à comité de lecture telles que Res Futurae (revue de référence en études de science-fiction) ou Captures (rattachée à l’Université du Québec à Montréal).

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Ce séminaire s’inscrit dans le projet « Climate Fiction(s) » du programme FORESEE. Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt lancé dans le cadre du Plan 2030, le programme FORESEE explore les expériences vécues des conséquences du changement climatique par les individus, les organisations, les territoires et l’action publique. 

Le projet structurant « Climate Fiction(s) », co-porté par Marie Thévenon et James Dalrymple, fait partie de l’axe 1 du programme FORESEE qui s’intéresse aux individus face au changement climatique : émotions, discours, récits prospectifs. Ce projet propose d’explorer différents types de fiction climatique, tant dans la littérature que dans les arts visuels, d'un point de vue anglophone, en mettant l’emphase sur la représentation des individus face au changement climatique dans ces récits prospectifs. 

Le séminaire est également accessible en ligne sur demande, contacter Marie.Thevenonatuniv-grenoble-alpes.fr (Marie[dot]Thevenon[at]univ-grenoble-alpes[dot]fr).

Date

Le 29 avril 2026
Complément date

à 14h00

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire

Complément lieu

Salle Jacques Cartier - Maison des langues et des cultures
& en ligne (sur demande)

 

Contact

Marie Thévenon

marie.thevenon [at] univ-grenoble-alpes.fr

à télécharger

Publié le 26 mars 2026

Mis à jour le 9 juillet 2026