SoutenanceRecherche

Soutenance de thèse de Karen Cervera Marzo

le 27 novembre 2015
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à 13:30
Salle des actes - Université Stendhal Grenoble 3
Titre de la thèse : "Autofiction et romanesque chez Daniel Guebel".
Dans le cadre de cette thèse, je me propose d’étudier l’œuvre de Daniel Guebel, sous l’angle du couple notionnel autofiction-romanesque. Daniel Guebel (Buenos Aires, 1956) est un écrivain reconnu dans son pays et dont l’œuvre foisonnante traverse tout le prisme de la littérature et des médias. Il est l’auteur de quinze romans, trois recueils de nouvelles et sept pièces de théâtre.
La littérature argentine, depuis une vingtaine d’années, se caractérise par une puissante résurgence des pratiques autobiographiques. El Llanto (Les Larmes, 1992) de César Aira pourrait marquer le point de départ de cette dynamique, que la presse littéraire et les critiques, à date récente, ne cessent de souligner (essai El giro autobiográfico (2008) d’Alberto Giordano; mais aussi Nora Catelli, En la era de la intimidad (2007) et José Amícola, Autobiografía como autofiguración (2008). Cette nouvelle représentation de l’individu par le récit ou autofiction ouvre encore plus largement le champ des écritures du moi en le dotant d’une double dimension ; d’une part hybride par un mode d’énonciation combinant autobiographie et récit fictionnel (double filiation que son inventeur Serge Doubrovsky pointait dès sa première définition du terme « fiction d’événements et de faits strictement réels »); d’autre part identitaire, marquant un nouveau rapport du sujet par rapport à lui devenu « autre » fictionnel.
Cet autre traverse l’écriture romanesque et dramatique (qui ne met en scène que des face à face) de Daniel Guebel et se décline en différentes pratiques. L’écriture peut être collective, Daniel Guebel a fait partie d’un groupe littéraire « grupo Shanghai » et a collaboré à la création de la revue de critique littéraire Babel, revista de libros. La création commune marque alors son parcours d’écrivain et l’imprègne d’une esthétique qui trouvera son prolongement dans l’écriture en collaboration, envisagée avec un ami proche, issu du même groupe littéraire, Sergio Bizzio. Ensemble, ils écrivent deux recueils de pièces de théâtre Carnicerías argentinas et Dos obras ordinarias (1994) puis un roman bref El día feliz en la vida de Charlie Feiling, en hommage à l’ami et auteur. Pour Daniel Guebel, ce qui se commence en duo se poursuit souvent en solo. Ce rapport à l’autre construit la singularité de l’auteur qui, quand il ne collabore pas, écrit parfois en parallèle. Le cas le plus frappant étant celui des deux romans Derrumbe pour Guebel et Era el cielo pour Bizzio, qui ont été écrits en même temps et traitent du même sujet. Cette écriture en parallèle atteste de la « gémellité littéraire » qui unit les deux auteurs et dont la base pourrait être l’esthétique commune partagée autour de la revue Babel dont on peut supposer qu’elle a marqué une génération d’écrivains.
L’œuvre de Daniel Guebel offre également un espace textuel propice aux questionnements formels. En effet, ce second pan de mes recherches tente de définir une morphologie de la forme, tautologisme qui souligne une nouvelle conception de la forme littéraire sans pour autant la réinventer. En effet, Daniel Guebel écrit depuis une décennie un ouvrage majeur – son chef d’œuvre - El Absoluto (inédit) véritable berceau de son inspiration. De cet ouvrage se détache des noyaux narratifs dont le potentiel romanesque interpelle l’auteur qui, dès lors, les extrait et construit à partir de ces matrices des nouveaux ouvrages. À ce jour, l’arborescence autour de El Absoluto compte six ouvrages Derrumbe (2008), Ella (2010), Los padres de Sherezade (2008), Mis escritores muertos (2009), La carne de Evita (2012) y El caso Voynich (2009) dont un, La belleza de los difuntos, encore inédit.
Cette thèse tente de lier l’étude du questionnement de l’espace textuel que mène Guebel au fil de son œuvre (dialectique formes brèves/noyaux narratifs/ formes longues, transgénéricité…) et celle des dimensions autofictionnelles et romanesques d’une production dont je trouve qu’elle est la plus novatrice de sa génération.

Localisation

Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Salle des actes - Université Stendhal Grenoble 3
Mis à jour le 19 juillet 2018