SéminaireRecherche

Métissage et interculturalité dans les espaces littéraires contemporains (Allemagne / Russie)

le 7 mai 2021
de 14h00 à 17h00
Séance organisée dans le cadre du séminaire commun " L’espace littéraire de Berlin à Vladivostok".

Programme du séminaire :


Isabelle Després, Pr. (CESC-ILCEA4, Université Grenoble-Alpes)
Métissage et interculturalité dans la littérature russe contemporaine

L’Union soviétique se pensait comme un espace multiculturel, une union de peuples ayant dépassé leurs particularismes (langue, religion) au nom d’un espace interculturel commun. En Russie post-soviétique, comme dans les anciennes républiques (Daghestan, Tadjikistan), les traditions et les modes de vie qu’on aurait pu croire oubliés, sont revenus en force, se mêlant à une postmodernité venue de l’Occident, sur fond de criminalité généralisée. Cette situation est décrite par une nouvelle génération littéraire, ayant hérité d’une double culture, traditionnelle et soviétique (Alissa Ganieva, Salam, Dalgat !, 2009 ; Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, 2015 ; Vladimir Medvedev, Zahâk, le roi-serpent, 2017).
Ce processus de double culture n’est pas nouveau, et on pourrait presque dire que la littérature russe est née d’un « métissage » de la culture slave (traditionnelle, populaire, orale) et des littératures européennes (français, allemande, anglaise). Pour de nombreux écrivains, l’Europe incarne encore la culture (Mikhail Chichkine, Dans les pas de Byron et Tolstoï, 2002 ; Le cheveu de Vénus, 2005).
Mais aujourd’hui en Europe se forme un nouvel espace interculturel, celui des camps de migrants, où vivent ensemble, tant bien que mal, dans un étrange melting pot, des réfugiés de tous les pays et continents, de l’Inde au Sénégal, de l’Afghanistan à l’Estonie. Cet archipel a ses propres codes culturels, sa propre langue, ses propres valeurs (Andreï Ivanov, Le voyage de Hanumân, 2010).

 

Myriam Geiser, Maîtresse de conférences (CERAAC-ILCEA4, Université Grenoble Alpes)
Esthétiques du métissage : écritures contemporaines transculturelles dans l’espace germanophone

Quand l’écrivaine Emine Sevgi Özdamar reçoit en 1991 le Prix Ingeborg-Bachmann pour un extrait de son premier roman La vie est un caravansérail (1992), elle est la première lauréate d’origine non-germanophone dans l’histoire de cette prestigieuse distinction littéraire fondée en 1976 à Klagenfurt en Autriche. La consécration d’une autrice d’origine turque ayant appris la langue allemande à l’âge adulte, fait sensation dans le monde littéraire germanophone. Trente ans plus tard, les écritures dites « migrantes » d’écrivaines et écrivains ayant des biographies très diverses (originaires de l’Italie, de la Bosnie, de la Hongrie, de la Géorgie, de la Syrie, de l’Irak, du Japon, de l’Argentine…) font partie intégrante de la littérature allemande contemporaine. Ma contribution se propose d’explorer quelques éléments d’une poétique « transculturelle » qui a émergé dans un contexte de globalisation croissante. Les expériences de plurilinguisme et de croisement de cultures sont propices au développement de stratégies esthétiques que l’on peut étudier en tant qu’expressions d’un métissage culturel.

 

Mis à jour le 21 avril 2021