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Séminaire / Recherche
Le 3 décembre 2025
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Ce séminaire est le quatrième d'une série de séminaires de l'axe transversal « Création culturelle et territoire(s) » de l'ILCEA4 intitulée « Climate Fiction(s) » qui a pour but d'explorer différents types de fictions climatiques, à la fois dans la littérature et dans les arts visuels, d'un point de vue anglophone. Pour ce quatrième séminaire, James Dalrymple (UGA, ILCEA4) parlera de Klara and the Sun (2021) de Kazuo Ishiguro.
Seminaire n°4: Do Artificial Friends dream of electric sheep? Kazuo Ishiguro’s Klara and the Sun
Intervenant : James Dalrymple (UGA, ILCEA4)
Répondante : Marie Thévenon (UGA, ILCEA4)
Dans le dernier roman de Kazuo Ishiguro, Klara, qui donne son nom à l’ouvrage, est une « AF » (amie artificielle), un androïde alimenté à l’énergie solaire acheté par des familles aisées pour tenir compagnie à leurs enfants. Elle est affectée à Josie, l’une des nombreuses jeunes personnes qui se retrouvent aux prises avec la maladie après avoir subi un « lifting », une forme de modification génétique visant à améliorer leurs résultats scolaires. Klara en vient à croire que le Soleil peut sauver Josie et lui adresse des supplications quasi-religieuses pour qu’il utilise ses rayons afin de lui rendre la santé. En échange, elle promet de détruire la machine qui, selon elle, est à l’origine de toute la pollution de la planète et empêche ainsi les rayons du soleil d’envoyer « sa nourriture spéciale » aux gens. Œuvre de fiction dystopique, Klara and the Sun nous invite à réfléchir à ce que signifie, pour un androïde, d’anthropomorphiser la nature. Personnage au ton naïf caractéristique d’Ishiguro, Klara, malgré sa croyance apparemment erronée en la « bonté » du Soleil, fait néanmoins preuve d’un fort sentiment d’empathie qui contredit ses origines. En se tournant vers la nature et en assumant un devoir de protection, elle se révèle finalement plus humaine que les personnages humains eux-mêmes, pour qui la frontière entre le monde artificiel et le monde naturel est de plus en plus floue.
Cet article examinera le roman d’Ishiguro en le mettant en relation avec l’œuvre classique de science-fiction de Philip K. Dick, Do Androids Dream of Electric Sheep? (1968), sans doute le roman le plus célèbre sur les robots humanoïdes, auquel – comme nous le verrons – Klara and the Sun fait allusion à la fois directement et indirectement. À leur manière, ces romans explorent ce que signifie être humain dans un monde où la technologie, l’urbanisation et la dégradation de l’environnement font obstacle à notre lien avec la nature. En outre, cet article abordera la question de l’anthropomorphisme à travers les références faites dans le roman au poème de Wilfred Owen, « Futility » (1918), dans lequel l’indifférence du Soleil envers l’homme sert à exprimer un pessimisme existentiel. À travers ce jeu d’allusions, cet article s’interrogera enfin sur les mises en garde que Klara and the Sun adresse à l’avenir, et sur la manière dont il peut être considéré autant comme un roman sur le climat que sur l’intelligence artificielle et la robotique.
Biographie
James Dalrymple enseigne à l’Université Grenoble-Alpes, où il est membre de l’Institut des langues et cultures d’Europe, d’Amérique, d’Afrique, d’Asie et d’Australie (ILCEA4) et où il a soutenu, en 2017, sa thèse de doctorat intitulée “Playing the Detective in the works of Kazuo Ishiguro and the British metafictional whodunit”. Ses domaines de recherche, qui englobent la littérature britannique contemporaine, la télévision d’antan et le cinéma de répertoire, s’intéressent tout particulièrement à l’adaptation, à la métafiction et au roman policier. Parmi ses publications figurent des études sur les romans d’Ian McEwan, de James Kelman et de Julian Barnes, sur l’adaptation cinématographique de 2007 du roman d’Ian McEwan Atonement (2001), sur le film de Robert Altman Gosford Park (2001), sur l’œuvre du scénariste de télévision Dennis Potter, ainsi que sur la série télévisée culte des années 60 The Prisoner. Il a également rédigé des articles sur le film biographique de Mike Leigh, Mr Turner (2014), et sur A Ghost Story for Christmas de la BBC, dont la publication est prévue respectivement fin 2025 et 2026.
Répondante : Marie Thévenon
Marie Thévenon est maître de conférences en études anglophones à la Faculté d'économie de l'Université Grenoble Alpes et membre du centre de recherche Institut des langues et cultures d'Europe, d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Australie (ILCEA4). Ses recherches portent sur la science-fiction et la fiction spéculative, et plus particulièrement sur la dystopie environnementale et la fiction climatique (« cli-fi »). Elle participe actuellement à deux projets dans le cadre du programme FORESEE, un programme de recherche national français en sciences humaines et sociales, labellisé France 2030, qui s'attache à étudier les expériences vécues liées aux conséquences du changement climatique.
Date
à 14h00
Localisation
Saint-Martin-d'Hères - Domaine universitaire
Salle Jacques Cartier
Maison des langues et des cultures
Contact
Marie Thévenon
marie.thevenon [at] univ-grenoble-alpes.fr
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