Journée d'étudeRecherche

Autour du Greco

le 2 juin 2016
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à partir de 17h00
Auditorium du Musée de Grenoble

 
Cette journée d’étude est organisée en partenariat avec le Musée de Grenoble par les axes Moyen Age - Siècle d'Or et Civilisations hispaniques du CERHIUS, composante de l’unité de recherche ILCEA4, Université Grenoble Alpes.
Programme de la journée d’étude « Autour du Greco »

Présidente de séance : Anne Cayuela, Université Grenoble Alpes (ILCEA4).

17h : Leticia Ruiz Gómez, Musée du Prado : « La Pentecôte du Greco. Vers l’expressionnisme extrême »

Leticia Ruiz Gómez est docteure en Histoire de l’Art et diplômée en Restauration. Depuis 2003, elle dirige au Musée du Prado le Département de Peinture Espagnole antérieure à 1700. Elle a consacré une partie fondamentale de son activité professionnelle à l’étude du Greco, en publiant notamment en 2007 le catalogue raisonné de l’œuvre du Greco au Musée du Prado. Elle a publié également de nombreux travaux sur ce peintre et a présidé pendant deux ans le Comité Scientifique pour la réouverture du Musée du Greco à Tolède. Elle a été commissaire de l’exposition “El Greco: Arte y oficio (Tolède, 2014). Elle est en train de mettre la dernière main au catalogue raisonné du peintre que le spécialiste José Álvarez Lopera, récemment disparu, avait laissé inachevé.
La Pentecôte, dernière toile d’un ensemble qui constitua l’une des commandes majeures du Greco, à savoir le retable principal du Collège de Notre Dame de l’Incarnation de Madrid, a probablement été peint en 1600. Ce Collège ou séminaire appartenait à l’ordre des Augustins, et il était couramment désigné du nom de la dame qui l’avait fondé sous son patronage, doña María de Córdoba y Aragón (1539-1591). Son confesseur Alonso de Orozco (1500-1591), prédicateur et écrivain augustinien de grande renommée à Madrid, était l’inspirateur spirituel de ce projet et il concevait le collège comme un centre de formation pour prédicateurs. La commande fut passée au Greco en 1597, pour un ensemble qui comprenait sept peintures et plusieurs sculptures et qui lui valut une bonne rétribution.
Dans cet ensemble madrilène, le peintre établit les lignes de force de ce qui allait être son dernier style, le plus personnel, le plus libre et le plus intimiste, entérinant ainsi les caractéristiques essentielles de sa peinture : élimination complète de l’espace conventionnel et exaltation des valeurs proprement picturales (couleur, éclairage et dessin pictural). Il n’est pas surprenant que les jugements péjoratifs suscités par cet artiste à partir du XVIIIe siècle aient porté sur ce retable, seul exemple significatif de la peinture du Greco visible alors à Madrid. La Pentecôte, comme les autres peintures du retable, furent considérées presque jusqu’à la fin du XIXe siècle comme des œuvres « sèches, rébarbatives et extravagantes ».


18h : Fabrice Quero, Université Paris-Est : « Mystère de la Pentecôte et mystique de la création dans une toile du Greco »

Fabrice Quero est maître de conférences habilité à diriger des recherches en civilisation de l'Espagne Moderne à l'Université Paris-Est, auteur d'une thèse sur Juan Martínez Silíceo (1486 ? – 1557), une figure de la spiritualité de l’Espagne pré-tridentine, Paris, éditions Honoré Champion, 2014.

L’œuvre du Greco a donné lieu à un grand nombre d’interprétations spirituelles, voire mystiques, depuis l’ouvrage fondateur de Manuel Bartolomé Cossío (1908). Les thèmes religieux qui dominent dans la production de ce peintre, sa manière toute personnelle et éminemment suggestive, ainsi que le contexte d’effervescence spirituelle de la Castille de la seconde moitié du XVIe siècle et du début du XVIIe, sont autant d’éléments qui ont nourri, de façon plus ou moins légitime, de telles lectures. Il ne s’agira pas ici d’établir une énième correspondance entre une toile du Greco et le ou les textes d’un spirituel ou d’un mystique de l’époque, mais de montrer comment les éléments fondamentaux de ce mystère rapporté dans les Actes des Apôtres (2, 1-13) étaient de nature à stimuler la réflexion d’un artiste particulièrement soucieux et jaloux de son statut sur son propre rôle de créateur. Ainsi, la Pentecôte ne donne-t-elle peut-être à voir à son spectateur que le caractère profondément mystique de la création picturale pour cet éminent et singulier représentant du courant maniériste, à la fois pictor doctus (ou doctus artifex) et artiste inspiré ?


19h : Pierre Géal, Université Grenoble Alpes (ILCEA4) : « La fortune critique du Greco en France »

Pierre Géal est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et maître de conférences à l’Université Grenoble Alpes. Il est l’auteur de La naissance des musées d'art en Espagne (XVIIIe-XIXe siècles), Madrid, Casa de Velázquez, 2005.

Alors qu’il est encore parfaitement inconnu en France au début du XIXe siècle et que son œuvre est absente des musées jusqu’à l’ouverture de la Galerie Espagnole au Louvre en 1838, Greco en vient à être considéré au début du XXe siècle comme le père de la peinture moderne. Comment expliquer cette métamorphose spectaculaire? Quels sont les causes et les acteurs de ce processus ?

Localisation

Grenoble - Centre ville
Auditorium du Musée de Grenoble
 
Mis à jour le 13 juillet 2018