Recherche

Genre, santé mentale et médecine de l'intime au XIXe siècle : discours, pratiques, résistances et circulations transatlantiques
L’objectif de ce projet est de poursuivre une réflexion existante au niveau international sur les relations entre genre et santé mentale et couvrant ce que l’on peut nommer la médecine et chirurgie de l’intime comme traitement à l’hystérie féminine.
Il s’agit notamment de combler un vide dans l’historiographie (encore en grande partie purement antipsychiatrique et/ou féministe) en établissant les raisons ayant mené à la fin de certaines pratiques, la non-uniformité des discours ainsi que les stratégies de résistance à ces pratiques.

Depuis les années 1970, en effet, de nombreuses historiennes féministes ont écrit sur le traitement des femmes par une médecine essentiellement masculine, que ce soit dans le cadre d’une histoire des femmes ou d’une histoire de la santé. De nombreuses publications, notamment, se sont intéressés à la question de l’hystérie et de son traitement psychiatrique, sur un mode qui, pour reprendre les termes d’Aude Fauvel, a principalement été celui « de la dénonciation » de l’utilisation de la science à des fins de répressions.

Plus récemment, et sans pour autant nullement remettre en question ces études, de rares historiens et historiennes ont cherché à donner une image plus précise des motivations au sein de la profession médicale et ne pas seulement présenter les femmes comme victimes, mais également comme actrices de certains changements. C’est cette démarche que nous proposons de poursuivre de façon constructive en nous attachant, à travers des études de cas, aux discours de résistance ayant émané à la fois de la profession médicale elle-même, des patientes, et des féministes. Inversement, il s’agit également d’envisager les rôles pris par les femmes, souvent positionnées dans la hiérarchie médicale, notamment hospitalière, comme « middle-figures », dans l’accompagnement de la médicalisation, dans un mouvement éventuel de rebours de la conception exclusivement masculino-centré de ce phénomène. C’est une logique historiographique dont certains travaux, situés dans d’autres sous-domaines de la discipline historique, ont suggéré la pertinence, et qui présenterait l’intérêt d’enrichir l’analyse du mouvement de médicalisation, dont l’historiographie convient de la nature hautement négociée. Examiner le rôle des agents professionnels de la médicalisation et leur relation aux patientes participerait également à éclairer les balbutiements de la déontologie médicale, pour l’essentiel survenue après la deuxième guerre mondiale, mais qui gagnerait peut-être à être envisagée dans une séquence historique plus large.

La médecine et la chirurgie de l'intime restent des questions actuelles sous des formes très variées, voire extrêmes, qu'il s'agisse de la multiplcation des opérations à visée esthétique dans certains pays occidentaux, ou de la difficulté de lutter conte les mutilations génitales féminines sur le continent africain.

Ce projet de recherche se rattache à l’axe transversal du laboratoire ILCEA4 Politique, Discours et Innovation et s’inscrit dans :
 
  • La continuité de recherches menées au sein de nos laboratoires sur la question de l’avortement, des combats féministes, des discours médicaux, politiques et militants relatifs au corps des femmes, de pratiques psychiatriques.
  • Une volonté de contribuer, à travers ces sujets de recherche, à un rapprochement des sciences humaines et de la santé.
  • Une approche résolument interdisciplinaire permettant de comparer différentes géolinguistiques et mettre en exergue les circulations transatlantiques, et contribuer, à travers différentes approches (y compris celle de l’esthétisme) à dresser un tableau le plus précis possible.
Il se fondera sur un important travail d’archives et de collecte de données, essentiellement mené dans deux pays (Royaume-Uni et Pérou) et vise à mettre à jour des sources encore inexploitées et étudier contextes, discours et méthodes à des fins comparatives.

GESAME-19 permettra enfin de structurer un réseau d’étude autour des problématiques de genre et médecine/santé mentale à l’échelle de l’Université Grenoble-Alpes en favorisant les relations de coopération entre les laboratoires ILCEA4 et LARHA, ainsi qu’à l’échelle international, avec l’Institut des Humanités en Médecine (IHM) de l'Université de Lausanne, le Center for Behavioral Neuroscience de l’American University de Washington et le Medical Humanities Research Centre (MHRC) de l’Université de Swansea.
Mis à jour le 18 juillet 2022