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Recherches sur la praxis artistique (arts visuels) des femmes dans les collectifs d’artistes, mixtes et non mixtes
Si la question de la création à partir du « collectif » a fait l’objet de recherches en art, en lien étroit avec les espaces alternatifs où les pratiques se sont modelées, le caractère genré de ces groupes artistiques n’a pas encore suscité de recherches d’envergure.
L’histoire de ces collectifs, très hétérogènes, s’est écrite sous l’angle de la contre-culture et de l’interdisciplinarité. Depuis les années 1970 dans le monde occidental, ces collectifs d’artistes ont proposé d’autres langages et d’autres paradigmes de création et de diffusion.  Souvent issus des arts visuels, ils ont privilégié des pratiques artistiques critiques ayant un ancrage social local fort et ont remis en question la place de l’art. Polymorphes, privilégiant des praxis signifiantes, ils ont démontré les potentialités socio-politiques et esthétiques du travail artistique en coopération. Héritiers des idéaux défendus par les grands mouvements de libération et d’émancipation des années 60 et 70 ces collectifs, actifs encore dans les années 80, ont repris de la vigueur dans la première décade du XXIe siècle, dans un contexte de crise. Des groupes intégrant des acteurs nouveaux et très divers, jusqu’alors sans visibilité, ont repris le flambeau de l’art politique. Ce processus a été particulièrement prégnant dans les sociétés multi-ethniques, racialement hiérarchisées et très inégalitaires comme le continent latino-américain longtemps structuré sur des archaïsmes sociaux qui ont eu des résonances profondes sur la production artistique. Ces territoires ont été particulièrement défavorables aux femmes et aux populations indiennes et noires. C’est sur ce continent, riche en expérimentations politiques, que se penchera le projet ColectiVIS-ARTS : recherches sur la praxis artistique (arts visuels) des femmes dans les collectifs d’artistes, mixtes et non mixtes, qui a comme but d’étudier la part et la place des femmes artistes dans la création et conceptualisation de projets collectifs. Les questions soulevées sont multiples et nécessitent de recourir à des approches interdisciplinaires et transdisciplinaires qui permettront de déconstruire ces écosystèmes artistiques et les géométries relationnelles que les espaces collectifs de création ont instaurées au prisme du genre. Nous verrons, sur le temps long (un demi-siècle, des années 70 à aujourd’hui) comment en redéfinissant la place des femmes c’est aussi la question de la communauté artistique qui est posée : qui en fait partie et sous quelles conditions ? Cette problématique des femmes artistes, subalternisées dans l’art, racisées dans ce territoire amérindien - héritier du commerce des esclaves- ouvre en creux des pistes de recherche sur des sujets invisibilisés (trans, queer) qui à leur tour vont resignifier le collectif en remettant en cause les binarités par leurs pratiques non-normatives. Un champ immense de signes politiques et artistiques s’ouvre au prisme du genre : c’est là que nous mesurerons les potentialités de l’art en co-création, dans l’hétérogénéité de ses formes et de ses acteurs. Avec ColectiVIS-ARTS, en nous appuyant sur une base de données, sur un travail de collecte d’archives et sur la constitution en commun d’un fonds de textes théoriques, nous chercherons à mettre en lumière selon quelles modalités la présence des femmes dans le travail artistique collectif, mixte ou non mixte, ressortit d’une posture politique. Nous nous proposons d’en faire une histoire à partir d’un inventaire critique, pensé collectivement, de l’ensemble de ces groupes. Les résultats de cette recherche seront diffusés grâce à un site internet ouvert au public et accessible dans son architecture intuitive aussi bien aux spécialistes qu’aux étudiants et au public s’intéressant aux questions de société dont l’art est le support. Une cartographie genrée des collectifs permettra de visualiser la présence de femmes, de tracer l’histoire des collectifs et de leur praxis (visualisation par des logos, des analogies, des superpositions, des trajectoires), leur nom, souvent très signifiant, poétiquement et politiquement, et les connexions qui existent entre les divers groupes. Le fruit de nos travaux sera diffusé à la communauté universitaire par le biais de nos activités scientifiques qui, au-delà du territoire universitaire, se délocaliseront vers la société, dans des structures culturelles ou alternatives de l’agglomération. Un travail entre collectifs de femmes artistes latino-américaines et grenobloises sera ainsi mis en place dès 2020, d’abord par le biais des échanges numériques et ensuite lors d’une rencontre autour d’un dispositif de « co-transformation» d’un lieu par l’art, de transmission d’une expérience pollinisée par une autre.
Mis à jour le 11 juillet 2022