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Appel à communication pour le colloque international "Frontières dans les Amériques"

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Appel à propositions, Colloque
du 5 avril 2018 au 31 mai 2018
Universite Grenoble Alpes

Ce colloque, co-organisé avec l’Université d'Orléans, se tiendra à l'université Grenoble Alpes du 11 au 13 juin 2019.

Alors que dans le sillage de l’effondrement de l’URSS, de nombreux analystes prévoyaient que le monde avait atteint la «fin de l’histoire» [Fukuyama, 1992] et que les organisations régionales ainsi que les accords de libre-échanges – parmi lesquelles l’Union européenne faisait figure de modèle à suivre, d’exemple d’intégration le plus abouti – étaient le signe de l’avènement d’un monde sans frontières, on se rend compte que, plus de trente ans plus tard, la réalité est bien loin de ces commentaires. On a plutôt assisté à un «retour des frontières» [Amilhat Szary, 2006], [Foucher, 2016], [Ferguson 2017]. L’un des signes les plus parlants est la multiplication des «murs frontaliers» dont le nombre est passé de 15, en 1989, à plus de 60 en 2016 [Vallet, 2016]. Signe d’un phénomène de «rebordering» [Van Houtoum, 2004], [Podescu, 2011], ces murs sont la manifestation d’une «transformation qualitative» des frontières [Ibid, 3]. Cependant, leur retour se fait sous différentes formes, qu’il s’agisse de leur renforcement concret, ou bien du renforcement des activités de contrôle et de surveillance, ou bien encore de leur contestation par des mouvements séparatistes dont les référendums en Catalogne ou au Kurdistan sont les exemples les plus récents. Une nouveauté, c’est que ces processus attribuent aux frontières une fonction de «tri des flux» menant à leur «traitement différencié» [Amilhat-Szary, 2015].

Qu’elles soient contestées, transgressées, transcendées, renforcées ou intégrées, les frontières sont donc au cœur du débat politique. Ce colloque – le premier d’une série intitulée «Frontières, espaces et pouvoirs» – s’intéressera aux frontières dans une ère géographique particulière : le continent américain. Parce qu’elles ont été colonisées par les pouvoirs européens, les Amériques ont de cela en commun que leurs frontières ont été mises en place afin d’«ordonner» le Nouveau Monde [Popescu, 2011, 8]. Plus exactement, elles combinent de façon originale deux formes d’appropriation territoriale, une logique de conquête zonale colonisatrice (frontier) et une volonté de maillage du monde dans une perspective occidentale de l’espace (boundary) [Perrier Bruslé, 2007]. Elles véhiculent donc une dimension exogène qui peut avoir des implications pour les espaces et les communautés qu’elles traversent tant en termes de légitimité que d’identité. Au-delà de leur passé colonial, les Amériques ont, depuis les années 1990, un autre point commun : embrassant les forces de la mondialisation, elles ont mis en place des accords commerciaux que ce soit par le biais de l’ALENA pour l’Amérique du nord ou du MERCOSUR pour l’Amérique du sud, afin de favoriser l’intégration régionale. Et ces accords ont mis en avant une vision particulière de la frontière, une frontière qui apparaît davantage comme une «ressource» et moins comme un «stigmate» [Amilhat-Szary, 2015, 85]. Au niveau local, les acteurs ont parfois un point de vue différencié sur la mise en valeur des territoires «périphériques» où ils vivent et développent des initiatives paradiplomatiques innovantes. Sur un continent, dont certaines régions ont été marquées par des conflits frontaliers récurrents depuis le 19e siècle et où les frontières sont, pour certaines, aujourd’hui encore contestées, notamment en Amérique centrale, [Medina, 2009, 36-37], l’intégration a été un «facteur de stabilisation» [Medina, 2009, 41] sans gommer les tensions de géopolitique interne qui débordent parfois outre-frontière, mettant en péril la stabilité continentale.

Cependant, les attentats du 11 septembre 2001 – et plus généralement l’émergence d’une menace terroriste internationale, présente en Amérique Latine dès les attentats de Buenos Aires, dans les années 1880 – ont modifié le rôle des contribuant à leur «refonctionnalisation». La résurgence d’une Fortress America [Alden, 2008], [Andreas, 2003], [Noble, 2004] a été très largement documentée pour ce qui est des États-Unis mais le phénomène de rebordering concerne aussi les frontières latino-américaines de façon néanmoins plus ambivalente puisqu’elles sont prises dans un processus contradictoire de «démantèlement et de construction» [Machado De Olivera, 2009, 19]. Alors que certaines semblent se fermer, en raison de la réponse qu’ont eue certains pays contre le terrorisme, d’autres, au contraire, prennent un chemin inverse d’ouverture, notamment en Amérique centrale [Médina, 2009, 138]. On y lit sur ce continent une politique de réinterprétation originale des grandes tendances de gestion des frontières au niveau mondial, avec par exemple le déploiement d’un appareil de sécurisation des frontières brésiliennes d’une ampleur sans précédent, sans remise en question réelle de la croissance des flux d’échange internationaux, légaux comme illégaux (contrebande, narcotrafic, etc...) [Dorfman et al, 2014], [Dorfman et al, 2017].

On peut difficilement définir une dynamique commune aux frontières du continent américain puisque leur rôle change d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre [Machado Oliveira, 2009, 20] : les frontières sont marquées au contraire, par une «immense variété» notamment en Amérique Latine où elles sont plus nombreuses. Entre les «frontières distantes» qui séparent des régions marginales dont les territoires «tournent le dos à la frontière» (Argentine/Chili, Paraguay/Brésil...), les «frontières capricantes» marquées par des liens transfrontaliers illégaux notamment dans des zones nouvellement urbanisées (Costa Rica/Nicaragua, Mexique/Guatemala, Equateur/Venezuela), ou encore les «frontières vibrantes», qui tirent leur dynamisme d’une population dense et d’avantages comparatifs nombreux (Brésil/Uruguay, Pérou/Equateur, Mexique/États-Unis), sans oublier les «frontières protocolaires» qui sont des régions instrumentalisées par le pouvoir central afin de promouvoir leur «dynamisation» ou encore de lutter contre les trafics illégaux selon une approche top-down (Chili/Argentine, Haïti/République Dominicaine), on voit que les types de frontières sont nombreux [Machado de Oliveira, 2009, 28-30]. Différents degrés de coopération transfrontalière se nouent à travers elles et le présent colloque peut être l’occasion d’affiner cette typologie. Dans un contexte global de montée en théorie des études frontalières, il peut être intéressant de se demander en quoi une approche continentale permet de faire le point sur des spécificités régionales mais aussi de contribuer, de façon originale, à cet effort épistémologique [Mezzadra, 2013], [Nail, 2016], [Parker et al, 2012], [Wastl-Walter, 2012].

Ce colloque se propose donc de réfléchir à ces différentes dynamiques qui animent les frontières américaines, ainsi que les mutations qu’elles ont connues dans la dernière décennie selon plusieurs axes. Bien qu’axé sur la géographie et la géopolitique, ce colloque se veut avant tout transdisciplinaire et toutes les approches sont les bienvenues, qu’elles aient trait à la géographie, l’histoire, la science politique, les relations internationales, la sociologie, l’anthropologie. Les communicants sont également encouragés à adopter des méthodologies pluridisciplinaires.

Lieu : Grenoble
Date : 11-13 Juin 2019
31 mai 2018 : Date limite d'envoi des propositions à l’adresse suivante :
bordersinamericas.2019@gmail.com

Les propositions (en anglais, en français, ou en espagnol) comprendront un résumé de 300 mots environ et une courte notice biographique de 100 mots.

Mis à jour le 5 avril 2018

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